Hommes victimes de violences conjugales : analyse approfondie du travail de Joliane Tardif

Il existe des violences que la société sait nommer.
Et puis il y a celles qu’elle préfère ignorer parce qu’elles dérangent ses certitudes.
La violence conjugale vécue par les hommes fait partie de ces angles morts.

Lorsque j’ai lu le mémoire de Joliane Tardif, je n’ai pas eu le sentiment de découvrir une vérité nouvelle. J’ai surtout ressenti quelque chose de plus rare. La reconnaissance calme et rigoureuse d’une réalité que j’ai traversée sans mots, sans cadre, sans légitimité.

Un silence construit historiquement

La violence conjugale est une réalité grave, longtemps niée, puis progressivement reconnue à travers les luttes féministes et les avancées législatives. Ce mouvement était nécessaire. Il a permis de sauver des vies. Mais il a aussi produit un effet collatéral rarement interrogé.

La figure de la victime conjugale s’est construite presque exclusivement au féminin. Dans l’imaginaire collectif, dans les politiques publiques, dans les pratiques institutionnelles, l’homme est resté assigné à un rôle implicite. Celui de l’agresseur potentiel, du dominant, du responsable.

Le mémoire de Joliane Tardif, intitulé Voix silencieuses : les hommes victimes de violence conjugale hétérosexuelle et leur parcours dans le système judiciaire, part précisément de ce constat. Les hommes victimes ne sont pas absents parce qu’ils seraient rares. Ils sont absents parce qu’ils ne correspondent pas aux grilles de lecture dominantes.

Cette invisibilisation a des conséquences directes. Elle freine la reconnaissance. Elle entrave la parole. Elle complique l’accès à l’aide. Elle transforme parfois la recherche de protection en nouvelle épreuve.

Ce que disent réellement les chiffres (au Canada et au Québec)

Contrairement à une idée répandue, les données quantitatives existent. Elles sont publiques. Elles sont documentées. Elles sont simplement peu relayées.

Selon l’Enquête sociale générale de Statistique Canada, environ 2,7 % des hommes canadiens déclaraient en 2019 avoir été victimes de violence conjugale au cours des cinq années précédentes. Cela représente environ 279 000 hommes.

Ce chiffre global masque des disparités importantes. La prévalence atteint 11 % chez les hommes séparés ou divorcés, contre environ 2 % chez ceux vivant encore en couple. Cette donnée est essentielle. Elle montre que la violence ne s’arrête pas toujours avec la séparation. Elle se transforme. Elle se déplace parfois vers les sphères judiciaires et parentales.

Les formes de violence rapportées sont multiples. Menaces. Violence psychologique. Agressions physiques. Cette diversité explique en partie pourquoi les chiffres restent sous estimés. Beaucoup d’hommes ne reconnaissent pas certaines expériences comme de la violence. D’autres ne les déclarent pas par peur de ne pas être crus.

Quand les statistiques changent d’échelle

Le mémoire de Joliane Tardif s’appuie sur une étude quantitative majeure, souvent ignorée dans le débat public. Cette étude porte sur 302 hommes hétérosexuels, recrutés principalement via une ligne d’aide et des réseaux spécialisés.

Les résultats sont sans ambiguïté.

96 % des participants ont subi des violences psychologiques sévères.
Plus de 90 % ont été exposés à des comportements de contrôle.
Plus de la moitié ont été victimes d’agressions sexuelles.
La quasi totalité a subi des violences physiques.
Environ 80 % ont été blessés physiquement.
Plus d’un tiers ont subi des blessures graves, incluant fractures et pertes de conscience.

Ces chiffres ne décrivent pas des conflits conjugaux ordinaires. Ils décrivent des situations de violence répétée, parfois extrême. Ils battent en brèche l’idée selon laquelle la force physique masculine protégerait automatiquement de la victimisation.

Un point mérite d’être souligné. Malgré leur force physique, la majorité de ces hommes tentent de se retirer de la situation violente plutôt que de répondre par la violence. Les cas de riposte sont rares et le plus souvent liés à l’autodéfense. Ils entraînent pourtant des conséquences judiciaires lourdes.

La transmission de la lumière entre générations.

Violences vécues par les hommes : formes et mécanismes

La violence conjugale vécue par les hommes se manifeste fréquemment de manière insidieuse. Elle commence rarement par des coups. Elle s’installe par le contrôle, la dévalorisation, la peur diffuse.

Les récits analysés dans le mémoire montrent des débuts de relation marqués par des signaux ambigus, souvent minimisés. Puis une montée progressive de la violence psychologique. Humiliations. Isolement. Menaces. Utilisation des enfants comme levier émotionnel.

Ce mécanisme m’est familier. J’ai mis du temps à comprendre que ce que je vivais n’était pas une simple difficulté relationnelle. Le doute s’installe lentement. La perte de repères aussi. Le mémoire met des mots précis sur cette confusion identitaire qui s’installe lorsque la violence n’est pas reconnue.

Les conséquences psychiques et identitaires

Les effets de la violence ne s’arrêtent pas au corps. Ils atteignent profondément l’identité.

Dans l’étude citée, de nombreux hommes présentaient des diagnostics psychiatriques. Dépression. Troubles anxieux. Stress post traumatique. Troubles liés à la consommation. 40,8 % ont développé ces troubles au cours de la relation violente. Près de la moitié vivaient déjà avec des fragilités aggravées par la violence.

Ces chiffres résonnent avec mon propre parcours. L’effondrement n’est jamais brutal. Il est progressif. Il s’accompagne d’une honte profonde. Dire que l’on est victime reste, pour un homme, un aveu difficile. Le silence devient une stratégie de survie.

 L’Amour universel qui unit au-delà des ruptures et des blessures.

Les enfants, victimes collatérales

Un autre aspect central de l’étude concerne les enfants. La majorité des hommes interrogés rapportent que leurs enfants ont vu, entendu ou été exposés directement à la violence.

Certains récits font état de mises en danger concrètes. Objets lancés. Cris. Climat de peur. Ces expériences laissent des traces durables. Elles augmentent le risque de reproduction intergénérationnelle des schémas violents.

Être père dans ce contexte crée un dilemme profond. Partir pour se protéger. Rester pour protéger ses enfants. Ce tiraillement traverse silencieusement de nombreux parcours.

Le parcours judiciaire comme violence secondaire

L’un des apports majeurs du mémoire de Joliane Tardif concerne le rapport au système judiciaire. Les cinq hommes rencontrés décrivent un parcours marqué par la disqualification de leur parole.

Plaintes croisées. Arrestations jugées injustifiées. Méfiance institutionnelle. Confusion entre juridictions civiles et criminelles. Pour plusieurs participants, le passage dans les institutions n’a pas permis la réparation. Il a intensifié la détresse initiale.

Ce constat, je ne l’ai pas seulement lu. Je l’ai vécu. La sensation d’être déjà coupable. D’être regardé à travers des filtres genrés. De devoir prouver ce qui ne laisse pas toujours de traces visibles.

 L’Amour universel qui unit au-delà des ruptures et des blessures.

Ce que ce mémoire nous oblige à revoir

Ce travail ne cherche pas à opposer les souffrances. Il invite à élargir le regard. À reconnaître que la violence conjugale est un phénomène complexe, aux formes multiples, qui ne se laisse pas enfermer dans une lecture unique.

Reconnaître les hommes victimes ne retire rien aux femmes victimes. Cela ajoute de l’humanité. Cela permet d’améliorer les réponses institutionnelles. Cela ouvre la voie à une justice plus sensible, plus nuancée, plus juste.

Lire ce mémoire m’a permis de comprendre que mon parcours n’était pas une anomalie individuelle. Il s’inscrivait dans un angle mort collectif. C’est aussi pour cela que j’ai écrit Survivre. Pour mettre des mots là où il n’y avait que du silence.


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Parce que reconnaître la réalité est souvent le premier pas pour se relever.

Ecrit par

Johann

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Je suis Johann.

Un père qui a perdu ses enfants pendant des années à cause d'erreurs que j'aurais pu éviter.

Amour toxique, dépendance, blessures familiales, manipulation, séparation forcée avec les enfants.

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À PROPOS

Après avoir traversé l'une des périodes les plus sombres de ma vie, j'ai tout perdu.

J'ai entrepris un travail de développement personnel et de compréhension de l'Humain.

J'ai choisi de vivre et de faire une force de ces difficultés.

Aujourd'hui, je témoigne pour aider ceux qui, comme moi, doivent surmonter une rupture dévastatrice et la perte de lien avec leur famille.