Un père séparé qui cherche de l'aide peut se tourner vers L'Amour d'un Papa, une communauté francophone qui réunit des milliers de pères en Belgique, en France et en Suisse romande. On y trouve une écoute entre hommes qui ont traversé la même épreuve, sans avoir à se justifier.
Quand tu es père et que ta famille explose, tu découvres assez vite que beaucoup de gens ont un avis sur ce que tu devrais faire. Beaucoup moins savent quoi te dire lorsque tu ne dors plus, lorsque tu passes tes soirées à relire des messages, lorsque tu comptes les jours avant de revoir tes enfants ou lorsque tu commences simplement à te demander comment tu vas tenir.
Je connais cette période où tout se mélange. La séparation. Les enfants. Les avocats. L’argent. La solitude. La colère. La peur. Et cette impression étrange de devoir continuer à fonctionner normalement alors qu’à l’intérieur, plus rien ne l’est vraiment.
C’est aussi de là qu’est né L’Amour d’un Papa.
Aujourd’hui, ce projet rassemble une communauté de pères, principalement en Belgique, en France et en Suisse romande. Certains viennent de se séparer. D’autres vivent cette situation depuis plusieurs années. Certains voient encore régulièrement leurs enfants. D’autres les voient très peu ou plus du tout.
Pourtant, derrière des histoires très différentes, je retrouve souvent la même phrase : « Je ne sais plus vers qui me tourner. »
Alors commençons précisément par là.

Une séparation possède cette étrange capacité à isoler même lorsque des gens t’entourent.
Au début, les amis écoutent. La famille essaie d’aider. Chacun donne son avis, propose une solution, t’explique ce qu’il ferait à ta place. Puis les semaines passent. La vie des autres reprend naturellement son cours alors que la tienne reste suspendue à des messages, des rendez vous, des décisions concernant tes enfants ou une prochaine audience.
Toi, tu es encore dedans.
Tu continues à regarder ton téléphone. Tu continues à rejouer certaines conversations dans ta tête. Tu continues à anticiper ce que l’autre parent pourrait décider. Tu continues à te demander comment expliquer ta situation à un avocat, un médiateur ou parfois un juge.
J’ai découvert à quel point parler avec quelqu’un qui avait déjà traversé une situation similaire pouvait changer une soirée entière. Tu n’as plus besoin de raconter vingt minutes de contexte pour expliquer pourquoi un simple message reçu à 22 heures vient de te retourner intérieurement. L’autre comprend parce qu’il connaît cette tension.
C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai créé cette communauté. Tu peux suivre la page Facebook L’Amour d’un Papa ou rejoindre le groupe d’entraide entre papas.
J’ai également expliqué plus longuement pourquoi L’Amour d’un Papa s’adresse spécifiquement aux hommes. Cette démarche ne cherche pas à opposer les pères et les mères. Je parle principalement aux hommes parce que je suis un homme, un père, et parce que je connais cette difficulté que beaucoup d’entre nous rencontrons lorsqu’il faut prononcer une phrase pourtant extrêmement simple : « Là, je ne vais pas bien. »
Aujourd’hui, cette volonté est portée par l’ASBL Les Voyageurs de la Lumière, afin de transformer progressivement cette expérience et cette communauté en aide concrète.

Il existe un conseil que je donne de plus en plus souvent aux hommes qui m’écrivent : n’attends pas d’être complètement épuisé pour commencer à prendre soin de toi.
Une séparation peut envahir chaque espace de ta vie. Tu te réveilles avec elle. Tu travailles avec elle quelque part dans ta tête. Tu regardes ton téléphone vingt fois. Tu reconstruis mentalement une conversation. Tu imagines ce que l’autre pourrait faire demain. Tu prépares déjà la prochaine réponse.
Pendant ce temps, ton corps encaisse.
Je sais ce qu’il se passe lorsque tu ignores trop longtemps ses signaux. J’ai longtemps cru que tenir signifiait être fort. J’ai appris depuis que tenir sans jamais s’écouter peut devenir une manière très efficace de s’effondrer.
Alors parle. Avec un ami capable d’écouter réellement. Avec un autre papa. Avec un psychologue ou un thérapeute lorsque tu en ressens le besoin. J’ai consacré un article entier à ce que l’entourage ne comprend pas toujours lorsqu’une personne souffre.
Le lien avec d’autres personnes qui ont traversé des tempêtes similaires peut également devenir précieux. Raconter son histoire remet parfois de l’ordre dans ce qui semblait totalement chaotique. Et cette histoire peut ensuite devenir utile à quelqu’un d’autre. C’est tout le sens de cet appel à témoigner pour aider d’autres papas.
Apprendre à mettre des limites devient parfois indispensable. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre que tu n’es pas responsable de la réaction de l’autre lorsque tu poses une limite.
Et si tu sens que tu es réellement en train de basculer, ne reste pas seul avec cette souffrance. En Belgique francophone, le Centre de Prévention du Suicide répond gratuitement au 0800 32 123, 24 heures sur 24. En France, le 3114 assure également une écoute permanente. En cas de danger immédiat en Belgique, appelle le 112.
Aucune séparation ne mérite que tu y laisses ta vie.

Lorsque tout va mal, nous cherchons naturellement LA solution. Celle qui réglerait les enfants, la justice, la douleur, l’argent, le sommeil et l’avenir en même temps.
Je ne l’ai jamais trouvée.
J’ai trouvé une accumulation de petites choses qui, mises bout à bout, ont progressivement changé mes journées.
Manger correctement en fait partie. Cela peut sembler secondaire lorsque ta famille vient d’exploser. Pourtant, lorsque tu dors mal, que tu consommes trop de café, que tu manges n’importe quoi et que ton organisme fonctionne déjà en état d’alerte permanent, chaque difficulté devient encore plus lourde. J’ai développé cette question dans mon article consacré à la nutrition et au rétablissement après une rupture.
Bouger m’a également beaucoup aidé. Marcher, pratiquer une activité physique, sortir de chez moi, retrouver la nature et créer des moments pendant lesquels mon téléphone pouvait rester dans ma poche. Parfois, changer complètement d’environnement quelques jours permet aussi de reprendre de l’air. J’ai raconté ce qu’un voyage peut apporter après une rupture.
Puis vient tout ce qui se passe à l’intérieur.
Lorsque tu viens de traverser une relation difficile ou plusieurs années pendant lesquelles tu t’es progressivement oublié, retrouver une forme de respect pour toi prend du temps. J’ai essayé d’expliquer cette reconstruction avec l’image du réservoir d’amour de soi.
Certaines blessures sont également beaucoup plus anciennes que le couple qui vient de se terminer. Elles étaient déjà là avant cette personne et influencent parfois profondément notre manière d’aimer. J’en parle dans cet article sur les blessures que nous transportons parfois depuis bien avant notre couple.
Certaines pratiques m’ont aidé à redonner quelques minutes de silence à mon cerveau. La méditation en fait partie. La gratitude aussi, non pas comme une manière de nier ce qui fait mal, mais comme une façon de rappeler au cerveau que la douleur ne constitue pas toute la réalité.
Chacun trouvera ses propres outils. L’essentiel consiste à recommencer progressivement à habiter sa propre vie.

J’ai énormément cherché dans les livres, la philosophie et la spiritualité.
Les écrits de Viktor Frankl m’ont particulièrement parlé dans leur manière de donner du sens à ce que nous traversons. Lorsque tu ne peux plus modifier certains événements, il reste encore une liberté immense : décider de ce que tu vas faire de ce qu’ils ont produit en toi.
J’ai également trouvé des repères dans le Dokkōdō de Miyamoto Musashi, cette voie du guerrier solitaire qui invite à avancer avec dépouillement, lucidité et discipline. Et lorsque tout semblait particulièrement sombre, j’ai essayé de comprendre ce que signifiait réellement continuer à choisir la lumière et l’espoir.
Puis j’ai écrit.
Énormément.
Parfois pour comprendre. Parfois pour sortir quelque chose de ma tête. Parfois simplement pour survivre à une journée supplémentaire. J’en parle dans Écrire pour survivre.
Tout cela prend du temps. C’est aussi pour cette raison que je répète souvent ces trois mots : un jour à la foi.
Ils ne promettent pas que demain sera facile. Ils me rappellent simplement que je n’ai pas besoin de porter aujourd’hui toute la douleur des années qui viennent.

Une séparation fait parfois remonter des questions que tu n’avais jamais osé te poser lorsque le couple existait encore.
Des choses qui te semblaient normales commencent à te déranger. Certaines paroles. Des humiliations. Des menaces. Une peur constante de la réaction de l’autre. Le sentiment de devoir toujours justifier ce que tu fais. Des comportements auxquels tu t’étais tellement habitué qu’ils avaient fini par devenir ton quotidien.
J’ai écrit sept questions qui peuvent aider à regarder plus lucidement une relation lorsqu’on est encore dans le déni.
Puis vient parfois cette question terrible : « Pourquoi suis je resté aussi longtemps ? »
Je me la suis posée moi aussi. Et j’ai compris progressivement que rester ne signifie pas nécessairement être faible. Il peut y avoir l’amour, l’espoir, la peur, les enfants, les souvenirs, la culpabilité et cette conviction que demain sera différent. J’en parle dans cet article consacré à ce qui nous pousse parfois à rester dans une relation qui nous abîme.
Comprendre la dépendance affective ou reconnaître certains mécanismes de codépendance permet parfois de regarder sa propre histoire avec davantage de lucidité et moins de culpabilité.
Certains hommes utilisent également le terme de pervers narcissique pour qualifier la personne avec laquelle ils ont vécu. Je reste prudent avec les diagnostics. Ils appartiennent aux professionnels compétents. Ce qui importe pour celui qui souffre consiste d’abord à identifier les comportements réellement vécus et leurs conséquences. J’ai néanmoins consacré plusieurs articles à ces situations, notamment aux étapes pour sortir d’une relation d’emprise et aux mécanismes de manipulation, de triangulation et d’effondrement.
La période qui suit la rupture peut d’ailleurs devenir particulièrement déroutante. Tu peux avoir passé des mois à vouloir partir et ressentir soudainement une envie immense de revenir. J’ai écrit sur ces moments où nous sommes tentés de retourner vers notre ex, ainsi que sur l’illusion du “pour toujours” qui peut nous maintenir dans une histoire bien après qu’elle a commencé à nous faire souffrir.
Comprendre ne règle pas tout. Mais comprendre permet déjà de sortir du brouillard.

Après les émotions arrive souvent le concret.
Qui garde les enfants ? Quand vais je les voir ? Que faire lorsque rien n’est encore écrit ? Dois je contacter un avocat ? Que se passe t il si l’autre parent modifie unilatéralement les règles ? Quels documents conserver ? Que vaut il mieux écrire, ou surtout éviter d’écrire ?
Je reçois énormément de messages sur ces questions.
Mon premier conseil consiste à ne pas rester seul avec des enjeux juridiques importants. Chaque pays possède ses règles et chaque famille possède son histoire. Un avocat spécialisé en droit de la famille pourra examiner ton dossier avec beaucoup plus de précision qu’un commentaire publié sur Facebook ou qu’une personne qui connaît seulement quelques fragments de ton histoire.
Consulter un avocat ne signifie pas déclarer la guerre. Cela permet d’abord de comprendre tes droits, tes obligations et les scénarios possibles.
Lorsque le dialogue reste possible, je pense que la médiation mérite également d’être explorée sérieusement. Les enfants vivent déjà suffisamment de bouleversements pendant une séparation pour que les adultes évitent, chaque fois que cela reste possible et sécurisant, d’ajouter une guerre supplémentaire.
En parallèle, j’ai appris à anticiper. Conserve les échanges importants. Classe les documents. Note les faits avec leurs dates. Garde ce qui permet de montrer ta présence concrète auprès de tes enfants. Demande surtout à ton avocat ce qui pourrait réellement devenir utile dans ton dossier.
Je préfère aujourd’hui préparer un dossier qui restera pendant dix ans dans une armoire plutôt que découvrir dans l’urgence qu’il aurait fallu conserver un document six mois auparavant.
J’ai regroupé beaucoup plus d’informations sur ces questions dans Père séparé : le guide pour tenir, voir ses enfants et se reconstruire.
Si aujourd’hui ta principale inquiétude concerne tes enfants, leur résidence, ton droit de visite ou une procédure familiale, commence probablement par là.

Avant le blog, avant le groupe Facebook et avant l’association, j’ai commencé à écrire.
Au départ, j’écrivais simplement mon histoire.
En 2020, plusieurs pans de ma vie se sont effondrés presque simultanément. J’ai traversé la séparation, les addictions, l’emprise, l’isolement et une période durant laquelle continuer à avancer demandait déjà énormément d’énergie. Ces événements constituent aujourd’hui le cœur de Survivre.
J’ai écrit ce livre avec mes failles. Je voulais raconter ce qui s’était réellement passé, mais surtout essayer de comprendre ce que cette traversée m’avait appris.
Lorsque les premiers lecteurs ont commencé à m’écrire, une phrase est revenue plusieurs fois sous des formes différentes : « J’ai l’impression que tu racontes ma vie. »
Les premières réactions de lecteurs à Survivre m’ont profondément touché. Elles m’ont surtout confirmé qu’énormément d’hommes traversaient des histoires similaires sans jamais parvenir à les raconter.
Aujourd’hui, Survivre est devenu un livre solidaire. Les revenus qu’il génère sont versés à l’Association Les Voyageurs de la Lumière afin de contribuer au financement de la communauté et des ressources proposées aux pères séparés.
Et tu n’as aucune raison d’acheter un livre sans savoir s’il peut réellement te parler. Tu peux commencer par lire gratuitement un chapitre de Survivre.
Lis le simplement.
Regarde ce qu’il provoque en toi.
Lorsque tu viens de te séparer, ton cerveau voudrait résoudre quinze problèmes simultanément. Je connais cette urgence. J’ai vécu cette impression qu’il fallait comprendre aujourd’hui ce qui allait se passer dans six mois, régler immédiatement les enfants, les finances, la justice, le logement, la souffrance et l’avenir.
Avec le recul, je sais que cette pression supplémentaire ne m’aidait pas.
Aujourd’hui, tu peux déjà accomplir quelque chose de beaucoup plus simple. Tu peux appeler quelqu’un. Prendre rendez vous avec un avocat pour comprendre tes droits. Marcher pendant une heure. Contacter un thérapeute. Commencer à classer les messages importants concernant tes enfants. Dormir. Manger correctement. Rejoindre le groupe Facebook L’Amour d’un Papa et découvrir les histoires d’hommes qui sont déjà passés par des endroits ressemblant au tien.
Tu peux aussi simplement reconnaître que cette période te fait mal.
Cette phrase possède davantage de puissance qu’elle n’en a l’air.
Parce que tu n’as aucune obligation de reconstruire toute ta vie aujourd’hui. Tu peux commencer avec ce qui se trouve devant toi. Demain viendra ensuite.
C’est exactement ainsi que je continue moi aussi.
Un jour à la foi.
Si ta priorité concerne une procédure, les enfants ou tes droits parentaux, commence par le guide du père séparé et prends conseil auprès d’un professionnel du droit de la famille dans ton pays.
Si tu as surtout besoin de sortir de l’isolement, découvre L’Amour d’un Papa et rejoins les autres pères de la communauté. Tu peux également découvrir plus précisément l’aide proposée aux pères séparés en Belgique, en France et en Suisse.
Si tu veux comprendre mon parcours et ce qui a donné naissance à tout cela, tu peux découvrir Survivre ou commencer gratuitement par un chapitre du livre.
Et si ta souffrance devient trop importante, parle à quelqu’un maintenant. Un professionnel de santé, une personne de confiance, une ligne d’écoute. Demander de l’aide peut devenir le premier geste d’une reconstruction beaucoup plus grande.
Tu n’as pas besoin de connaître aujourd’hui toute la route.
Tu as seulement besoin de commencer à marcher.
Un jour à la foi.
Ecrit par
Un espace sans jugement, sans langue de bois, où la vulnérabilité est une force et non une faiblesse. Un jour à la foi.
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